samedi, janvier 06, 2007

extrait du carnet de voyage, premier jour










mercredi 20 decembre 2006

Il y a toujours cette histoire avec les rayons du soleil. Lorsqu’ils pénètrent à travers les vitres des bus, des trains ou autre, nous avons toujours l’impression de passer d’une étape à l’autre. Comme un renouveau. Comme une caresse qui promet un amour.

Nous pouvons parfois apercevoir le reflet brillant de notre visage. Les arbres glissent dessus, puis les plaines, les usines, les immeubles.

Je me suis habituée à voyager seule. Je ne sais qu’est ce que je pourrais dire à quelqu’un qui voyagerait avec moi. Une douce tristesse s’empare de moi ponctuée de moments rebondissants.

Le voyage inspire.

Hier j’ai dit à quelqu'un que j’avais peur d’être toujours considérée comme une étrangère. Il m’a dit : « nous sommes tous des étrangers ». « Oui mais les autres ne le savent pas », j’ai répondu. Comment lui expliquer que ma peur ne se limitait pas seulement à la France.

Demain, j’arrive à l’aéroport de Beyrouth et j’ai peur d’être une étrangère. Etrangère au lieu, étrangère au temps. Etrangère à eux et à moi-même. Les mots se sont noués dans mon estomac. Je devais lui paraître bien incohérente.

Quel Liban vais-je retrouver ? La machine est lancée, je suis dans le rer B et je suis contente d’avoir fait de l’exercice et d’avoir ratissé les rues de Paris à pied durant des heures et des heures ; mes bagages sont pas mal lourds.

12h : dans la salle d’attente d’embarquement, il est bien entendu, interdit de fumer. Dans le terminal 1, la salle d’attente d’embarquement est coupée de tout. D’un coté la sécurité et de l’autre des tarmacs. Une cigarette de grâce… mais non… je dois me contenter de regarder passer les avions. Embarquement imminent dans une dizaine de minutes. Ah tiens un corbeau noir survole les pistes vides. Petit corbeau qui se prend pour un avion. Forcement à force de les côtoyer…

Comment aurais je pu expliquer hier à ce quelqu'un ma peur de ne pas savoir appartenir ? Mon exil volontaire a créé en moi une image sublimée d’un pays dans lequel je ne me sentais pas chez moi, dans lequel je ne peux pas vivre mais sans lequel je ne survivrais pas. Comment lui expliquer cette attirance/répulsion ? Ce mélange d’amour et de haine qui fait que j’ai si peur de rentrer. Même pour 10 jours. Même pour une semaine. Même pour quelques heures.

Pour l’instant je ferme mes yeux, Schubert dans mes oreilles et Ibsen entre mes mains. Je pense qu’au moins je vais serrer papa et maman dans mes bras et enfin enlacer mes sœurs.

19h30 heure grecque : elle est longue l’attente dans l’aéroport d’Athènes. Le pire aéroport européen ever. L’embarquement est prévu pour minuit 30. Encore 5 heures de déambulations intellectuelles.

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