mercredi, septembre 13, 2006

PESSOA POUR MAHMOUD














Pour Mahmoud...
Pour sa ville, ma ville, notre ville, nos villes...

Je te revois encore, ville de mon enfance épouvantablement perdue,

Ville triste et joyeuse, où je rêve une fois encore…

Moi ? Mais suis-je le même qui vécut ici,

Avant d’y retourner,

D’y retourner, d’y revenir,

D’y revenir, et d’encore y retourner ?

Ou bien sommes nous tous les moi que je fus ici ou qui

Furent

Une série de comptes-etres liés par un fil-memoire,

Une série de rêves faits par moi de quelqu’un à moi

Extérieur ?

Je te revois encore

D’un cœur plus lointain et d’une âme moins a moi.

Je te revois encoreLisbonne et Tage avec le reste

Passant inane de toi et de moi-même,

Etranger ici comme partout,

Accidentel dans ma vie comme dans mon âme,

Phantasme errant a travers des chambres de souvenirs,

Au bruit des rats et des planches qui grincent

Dans le château maudit de la vie qu’il faut vivre…

Je te revois encore,

Ombre qui passe à travers des ombres et qui brille

Un instant d’une lumière funèbre et inconnue,

Et qui entre dans la nuit ainsi que se perd le sillage d’un navire

Dans l’eau que l’on cesse d’entendre…

Je te revois encore,

Mais moi, hélas, je ne me revois pas !

Il s’est brisé, le miroir magique où je me revoyais identique,

Et en chaque fragment fatidique je ne vois qu’une parcelle de moi,

Une parcelle de toi et de moi !...

Poesies d’Alvaro de Campos

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