lundi, août 21, 2006

Le bateau erre

(…) Le bateau erre, poussé par les vents, d’une côte à l’autre, d’un port à l’autre, s’arrête un mois ici, trois mois là, cherchant de plus en plus vainement l’espace, la crique, l’horizon, la plage, la jetée où le miracle pourrait se produire ; et le plus étrange est encore que plus le voyage se poursuit et plus chacun semble persuadé qu’un tel endroit existe, qu’il y a quelque part sur la mer une île, un atoll, un roc, un cap, où soudain tout pourra arriver, où tout se déchirera, tout s’éclairera, qu ’il suffira d’une aurore un peu particulière, ou d’un coucher de soleil, ou de n’importe quel évènement sublime ou dérisoire, un passage d’oiseaux, un troupeau de baleines, la pluie, le calme plat,la torpeur d’une journée torride. Et chacun se raccroche à cette illusion, jusqu’au jour où, au large de la terre de feu, pris dans unes de ces soudaines tornades qui sont là bas presque quotidiennes, le bateau sombre. (...)


Georges Perec; W ou le souvenir d'enfance. pages 42/43

4 Comments:

Blogger Jez said...

le bateau erre, ivre...

12:09 AM  
Blogger hoda said...

hey jez...
on dessaoule toujours a un moment ou a un autre. t'inkiete pas pour le bateau. il trouvera bien le recif qui l'achevera completement :-)
ho

4:44 PM  
Blogger Jez said...

Hey Capt'n Ho, send me a signal (-:

10:54 AM  
Blogger hoda said...

beep beep beep beep beep..

12:34 PM  

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